Nous connaissons cette danse. La panique, la quarantaine, les gros titres criant à l’apocalypse.
Mais il ne s’agit pas d’une simple rediffusion de 2014 ou 2018.
La tension qui frappe l’est du Congo n’est pas celle à laquelle nous nous préparions. Ce n’est pas le Zaïre Ebola, le variant responsable de l’épidémie meurtrière qui a tué près de 2 300 personnes entre 2018 et 2020. Nous avions un outil pour le Zaïre. Nous l’avons appelé Ervebo (rVSV-ZEBOV). Nous avons utilisé la « vaccination en anneau », en jetant des corps immunitaires autour des personnes infectées pour affamer le virus des hôtes. Cela a fonctionné. Même dans les zones de guerre.
Nous avons désormais Bundibugyo.
Et nous n’avons rien pour cela.
Aucun vaccin approuvé. Aucune contre-mesure éprouvée. Juste un virus qui frappe rapidement : des symptômes soudains pseudo-grippaux se transforment en vomissements sévères, diarrhée sanglante et hémorragie interne en quelques jours. D’où l’ancien nom : fièvre hémorragique Ebola.
Le taux de mortalité du Bundibugyo se situe entre 30 et 50 pour cent. Il est apparu pour la première fois en Ouganda en 2007. Depuis, il est apparu brièvement au Congo en 2012. Des tests sur les animaux pour des vaccins expérimentaux ? Ils sont arrivés. Des essais cliniques ? Aucun n’a réussi.
Dans une grande capitale comme Kampala, cet écart n’est pas un détail technique. C’est le gouffre.
### L’angle mort du diagnostic
C’est encore pire.
Nos tests rapides sur le terrain – les écouvillons portables destinés aux cliniques éloignées – sont inutiles ici. Ils sont conçus pour le Zaïre. Bundibugyo leur manque complètement.
Nous comptons les cas confirmés comme s’ils disaient toute la vérité. Ce n’est pas le cas. Ils sous-estiment probablement le véritable fardeau de la maladie, car nous ne pouvons tout simplement pas voir la majeure partie du virus.
La détection est déjà tardive. Au moment où les responsables ont admis qu’il y avait un problème, le calendrier n’était plus respecté.
Regardez Kampala. Un patient a pris les transports en commun. Il est décédé dans un hôpital ougandais. Son corps a traversé la frontière vers la RDC pour être enterré.
Trois arrêts. Trois chances pour que le virus pénètre dans la peau ou dans le sang de quelqu’un d’autre. Chaque étape est un événement d’exposition que nous ne pouvons pas facilement retracer actuellement.
Le directeur du CDC Afrique, Jean Kaseya, a été franc à ce sujet. Lorsqu’on lui a demandé quel équipement de protection les infirmières utilisaient sur ce patient de Kampala ?
“Nous ne fabriquons pas d’EPI.”
C’est ça. Pas d’enrobage de sucre. Le virus bouge. L’infrastructure censée l’arrêter ne le fait pas. C’est une asymétrie qui semble structurelle.
### Une réaction retardée
Le cas index – une infirmière mourant au Centre médical évangélique de Bunia avec des symptômes classiques – était un signal d’incendie. Mais il a brûlé bien avant que quiconque vienne l’éteindre.
Au moment où l’alerte a déclenché une réponse officielle, les traceurs de contacts observaient une chaîne d’expositions inconnues qui durait plusieurs semaines.
Comment reconstruire une chaîne fantôme ?
C’est beaucoup plus difficile lorsque la géographie joue contre vous.
La province de l’Ituri se situe à 1 000 km de Kinshasa. Mauvaises routes. Conflit armé actif. Médecins Sans Frontières dispose d’équipes sur le terrain, qui tentent de mobiliser davantage, mais opérer dans des zones de conflit actives avec des infrastructures médiocres est un exercice futile à grande échelle.
Le transport des échantillons ralentit. Les équipes d’intervention sont retardées.
Et puis il y a la question du financement.
Certains experts pointent du doigt les coupes budgétaires mondiales en matière de santé. Avons-nous vidé les systèmes d’alerte précoce qui étaient censés détecter ce problème avant qu’il ne touche des centaines de cas ?
Jennifer Nuzzo, épidémiologiste à Johns Hopkins, pense que oui. Elle a publiquement émis l’hypothèse qu’une détection tardive n’était pas une malchance : c’était une érosion. Nous avons démantelé les programmes mêmes conçus pour détecter rapidement ces épidémies.
### La souche oubliée
Pourquoi Bundibugyo est-il si ignoré ?
Parce que le Zaïre a reçu tout l’argent. Toute l’attention. Toutes les recherches.
Dr Jean-Jacques Muyambe. L’homme qui a contribué à la co-découverte d’Ebola en 1979 aux côtés de Peter Piot. Il a surveillé chaque épidémie. Il note une statistique frappante.
Presque toutes les épidémies congolaises précédentes impliquaient la souche Zaïre. Une seule était Bundibugyo.
Le monde a donc construit une forteresse contre le Zaïre. Un geste rationnel. Cela a sauvé des vies. Mais pendant que nous fortifiions ce mur, nous laissions le reste du périmètre sans défense.
Bundibugyo est resté sous-étudié. Sous-diagnostiqué. Sans vaccin.
Et maintenant, il est revenu pour nous rappeler ce qui se passe lorsque vous vous préparez uniquement à affronter l’ennemi dont vous vous souvenez.



















