Pendant des années, la science médicale s’est concentrée sur les facteurs de risque quantifiables – tension artérielle, cholestérol, examens – mais a négligé une pièce cruciale du puzzle : la réponse humaine à la maladie. Pourquoi les patients avec des diagnostics identiques connaissent-ils des résultats radicalement différents ? La cardiologue Tara Narula affirme que la résilience, la capacité à gérer le stress, à s’adapter au changement et à trouver un sens aux difficultés, est peut-être le facteur le plus sous-estimé de la santé à long terme.
La déconnexion entre les données et la réalité
La cardiologie moderne excelle dans la mesure du risque, mais échoue souvent à aborder les réalités psychologiques de la maladie. Des décennies de recherche démontrent désormais que le stress chronique, l’anxiété, la dépression et les traumatismes ont un impact direct sur les résultats cardiovasculaires en influençant l’inflammation, les hormones, la fonction immunitaire et même l’observance du traitement. Pourtant, de nombreux patients sont surpris lorsqu’un médecin les interroge sur leur bien-être mental.
Cette déconnexion est critique : la santé psychologique n’est pas distincte de la récupération physique ; c’est c’est une récupération. Sans lutter contre la peur, la dépression ou l’accablement, même le meilleur plan médical peut s’effondrer. Recevoir un diagnostic en soi peut être traumatisant, brisant instantanément le sentiment de sécurité et d’identité d’un patient.
La résilience comme intervention : reprendre le contrôle
Au lieu de se concentrer uniquement sur les protocoles, Narula préconise l’enseignement des compétences en résilience immédiatement après le diagnostic. Il ne s’agit pas de pensée positive ; il s’agit de donner aux patients les moyens de reprendre le contrôle face à l’incertitude. L’acceptation est la première étape : reconnaître la réalité pour pouvoir avancer au lieu d’y résister. Sans acceptation, d’autres interventions comme la thérapie ou les changements de mode de vie deviennent moins efficaces.
La propre expérience de Narula en matière de perte de vision inexpliquée pendant ses études de médecine a renforcé ce principe. Apprendre à accepter ce qu’elle ne pouvait pas changer n’était pas seulement une perspicacité professionnelle ; c’était une nécessité émotionnelle.
Le pouvoir de l’espoir et du but
Au-delà de l’acceptation, la résilience repose sur deux facteurs clés : une pensée flexible et l’espoir. La rigidité mène à l’échec ; l’adaptabilité favorise la récupération. Ceux qui peuvent ajuster leurs objectifs sans les abandonner complètement ont tendance à guérir plus efficacement. L’espoir est tout aussi important. Narula souligne qu’il est préjudiciable de perdre espoir lors de conversations difficiles, car la médecine peut prédire les risques mais pas les résultats individuels.
Enfin, elle souligne le rôle puissant du but. Avoir quelque chose de significatif pour lequel vivre peut soutenir les individus face à des défis intenses, en particulier face à des résultats incertains. Même l’activité physique renforce la résilience en apprenant aux gens qu’ils peuvent dépasser les limites perçues, créant ainsi un réservoir de confiance pour les moments plus difficiles.
La résilience : une compétence, pas un trait
La résilience n’est pas une qualité innée. Il s’agit d’un ensemble de compétences façonnées par l’état d’esprit, les relations, les habitudes de vie et le sens. Narula soutient que les soins de santé devraient intégrer formellement une formation à la résilience aux côtés des médicaments et des procédures, reconnaissant que la façon dont quelqu’un se sent à l’égard de sa maladie est aussi importante que la maladie elle-même.
La réponse humaine à l’adversité n’est pas seulement un facteur de rétablissement : c’est c’est le rétablissement. Ignorer cette vérité rend les patients inutilement vulnérables.



















